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"le crayon et la plume"
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samedi 10 novembre 2012

*Je retrouve maman, et ses craintes, des craintes récurrentes...



Je retrouve maman, et ses craintes, -des craintes récurrentes-, que ses vrais parents ne viennent la chercher, et l'enlever de chez les R. ses parents adoptifs, sa mère nourricière, son antre, quoi qu'il en soit..

Toujours bien protégée par son frère de lait, Georges.

Dans un cocon. On se veut heureux, dans tous les cas, on n'est pas vraiment malheureux. Pas toujours.

On doit être heureux puisqu'on ne connaît pas d'autres bonheurs que ceux-là.

Au chaud dans son histoire.

Là quelque part tapie dans un coin de l'Auvergne, maman reviendra toujours chez les R..., le week-end, les jours fériés, pour les vacances, même lorsqu'elle travaillera ailleurs, comme une mouche capturée dans un pot de confiture, irrémédiablement engluée à leur vie.

Maman revoit nettement la chambre étroite, les rideaux de couleur blanche, devenus gris par la suite, sans rien de remarquable à annoter dans la marge de la page du livre, l'image est dans son cadre de travers, une bondieuserie sans doute, comme l'on en trouve dans ces contrées.

La chambre sent le vinaigre blanc, à moins que ce ne soit la javel, pas le propre vraiment, mais une odeur défraîchie, mal aérée. Une odeur de renfermé, étrangère, qui colle à la gorge, pugnace.

Elle est à la fenêtre, Camille, habituée à ces odeurs particulières de déjà porté, ou d'odeurs corporelles anciennes, qu'elle essaie de faire disparaître dès qu'elle le peut, par une ventilation aérienne.. le parquet craque... elle a cinq minutes à elle avant de redescendre. Elle se hâte hors de la chambre.

Elle redescend.

La cuisine exhale d'odeurs familières de soupe de légumes finement coupés.

Les meubles de bois blanc, -du bois brut- non encore ciré, sentent le détergent, et le parterre, le savoir noir.
Les torchons récemment changés par Camille, habillent le mur fraîchement  repeint. La nappe à carreaux rouges comporte, régulièrement répartis, à leur place, quatre assiettes, quatre verres, et quatre cueillères à soupe. Aucun luxe, le nécessaire uniquement. Des habitudes.

Ce sont celles de Mme R..., son mari, non prénommés, c'est dire la distance que les sépare de Jojo et Camille.

Le repas ne s'éternisera pas. Demain, c'est jour de marché.

Madame R.. ira vendre ses légumes, ses poulets ou ses lapins. On est encore à Aleysson.

Je n'ai pas retrouvé ce nom sur le plan de Tence... était-ce un lieu-dit, un hameau, le nom d'une ferme ?
Je ne sais.. en tous cas les R. vivaient à Aleysson et maman aussi.

Plus tard, ils déménageront pour Tence, la ville, dans le centre.

Pendant que Mme R... sera au marché, Georges et Camille profiteront de bien déjeuner. Comme ils aiment.

Confortablement installés dans la cuisine, ils dévoreront le potage, une assiette, ou peut-être deux, agrémentée(s) d'une énorme cuillère à soupe de "jim", la crème 100 % naturelle.

"encore un peu" dit Jojo, "encore un peu, ça ne se verra pas, encore.. " En se pourléchant les babines de plaisir. Maman se souvient, contentée, approuve l'image, et sourit.

Georges a dix ans de plus qu'elle, et la dépasse d'une tête en taille.

Lui, chez les R.... il y demeurera jusqu'à ses vingt-trois ans.

D'enfant à homme à tout faire, il l'est, il l'a été, l'a accepté. Comment pouvait-il en être autrement ?

Une forme d'exploitation reconnue et admise dans ces familles adoptantes.

Madame R.. un visage sévère marqué par des traits grossiers, à moins que ce ne soit qu'un trait de grande fatigue dans une vie trop rude, vêtue de noir, d'un noir mortuaire, une jupe longue, cachant toute démonstration de féminité - des cheveux en arrière, tristement retenus par un lien ou une barrette, peut-être.

J'ai revu l'unique photo que possède maman, jaunie de plus par le temps et l'histoire. Maman, debout, les cheveux noirs, tressés, un béret sur la tête.
Une belle jeune fille campée sur ses deux jambes.
Le sourire est aux lèvres. Les yeux brillent de malice.
L'avenir semble lui appartenir.
Et il lui appartiendra.

Den


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